Aboubacar Dakuyo

Aboubacar Dakuyo

Étudiant au doctorat

Faculté de droit
Université d'Ottawa

 

Biographie

Aboubacar Dakuyo concentre ses recherches depuis plus de cinq ans sur les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide. Ce Canadien originaire du Burkina Faso décortique la mise en œuvre de la justice transitionnelle fondée sur les normes locales dans le cadre de sa thèse doctorale à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa. Il a choisi pour cas d’études les normes communautaires appliquées par les Dinkas et les Nuers du Soudan du Sud, les deux plus importants groupes ethniques qui s’entredéchirent depuis l’accession du pays à la souveraineté en 2011.

Il a pour directeur de thèse le professeur Pacifique Manirakiza, la personne toute désignée, selon lui, pour l’encadrer dans ses recherches : « Je ne pouvais trouver mieux. Non seulement il est professeur de droit pénal international, mais il a aussi écrit sur la justice pénale et la justice transitionnelle en Afrique. Il connait bien la problématique et de surcroît, il a été membre de la Commission d’enquête de l’Union africaine sur le Soudan du Sud et a siégé à la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples. »

Les affrontements interethniques au Soudan du Sud ont fait selon l’International Crisis Group au moins 50 000 morts et près de 2 millions de déplacés.

Aboubacar se fixe pour objectif de déterminer si une approche locale de la justice transitionnelle peut constituer un outil de médiation efficace entre les protagonistes du conflit, et ce, dans le respect des obligations juridiques de l’État au regard du droit international.

La Constitution intérimaire du Soudan du Sud adoptée après l’indépendance reconnaît la légitimité des tribunaux coutumiers qui tranchent 90 % des litiges. Ces tribunaux, dirigés par les chefs de village ou les chefs religieux, appliquent une justice restauratrice qui ne vise pas à punir l’individu coupable, mais cherche plutôt la restauration de l’harmonie sociale. Dans le cas de crimes graves, tel le meurtre, ils peuvent  compenser la famille lésée par le don d’un ou de plusieurs bœufs ou même d’une jeune fille pour remplacer la perte d’un être cher.

« Mon approche ne consiste pas à idéaliser les normes locales, ou à les romantiser, dit-il, mais à adopter une approche critique qui montre leurs faiblesses et leurs forces. En effet, ces normes sont généralement d’essence patriarcale, et ce faisant, ne respectent pas le droit des femmes et des enfants. »

S’il s’avère nécessaire de baliser les mécanismes de justice transitionnelle, Aboubacar croit qu’on devra inévitablement tenir compte du contexte local pour qu’un sentiment de justice prévale au sein de la population. Mais aux termes de ses recherches, il pourrait aussi en arriver à la conclusion qu’une application stricte du droit serait préférable.

Cette réflexion sur la justice transitionnelle amène aussi le doctorant à se questionner de façon plus générale sur la situation en Afrique. Plusieurs juristes et auteurs reprochent aux normes internationales de refléter un impérialisme culturel occidental. Les règles qui gouvernent la justice transitionnelle ne sont pas différentes à cet égard. Or les normes communautaires locales sont très répandues en Afrique. Elles constituent une source de justice parallèle.

« Je me dis qu’il faut donner une place aux normes locales par une réconceptualisation de l’État », déclare Aboubacar.

Un questionnement, selon lui, qui pourrait mener à l’exercice d’une justice plus juste.

 

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